La redoute choisit la Marseillaise Flore Girard pour sa capsule mode

03/11/2017


©Herve Hote

La redoute choisit la Marseillaise Flore Girard De Langlade  pour sa première capsule mode en partenariat avec la HEAD, Haute Ecole d’Art et de Design de Genève. Originaire de Marseille, Flore Girard De Langlade présentera le 30 novembre prochain à la presse sa capsule La redoute composée de 3 silhouettes féminines. Imaginées en premier lieu pour des hommes, la jeune créatrice va les transposer au féminin, un challenge dans l’air du temps où le crossgender est devenu une tendance mode incontournable. 
En exclusivité pour la MMMM, Flore Girard De Langlade revient sur son parcours mode.  

Quel est ton parcours mode ? 
J'ai commencé mes études d'Arts Graphiques et Communication visuelle à Marseille à Axe Sud, puis cherché un Master ailleurs. Quand j'ai visité la HEAD, ça a été la claque, je me suis lancée et j'ai passé le concours. J’ai finalement intégré la HEAD et sa filière Design Mode. Le graphisme et le dessin ne me suffisant plus comme support d’expression, je ressentais le besoin de toucher, de manipuler les vêtements, et j’ai choisi de développer ma sensibilité pour les matières nobles dès mes premières expérimentations en bachelor. Je me suis vite rendu compte que mes deux expériences universitaires allaient se révéler très complémentaires, puisqu’elles me permettaient d’allier la rigueur de mes connaissances techniques avec les envies créatives qui étaient longtemps restées en suspens, sans support pour les exprimer. 
 
Comment as-tu choisi la HEAD  ?   
La HEAD offre une enseignement transversal et rigoureux, avec des intervenants prestigieux, des workshops avec des invités externes réguliers, des moyens impressionnants... J’ai choisi de poursuivre mon cursus en intégrant le master Design Mode et accessoires avec le sentiment de ne pas aller dans ma zone de confort et le besoin de développer ma sensibilité de façon plus spontanée. L’encadrement avec les tuteurs internes et invités de la HEAD m’offrent un panel de nouvelles découvertes et expériences. Le master propose entre autres une vision globale de l’approche du métier de designer et l’opportunité de mener à bien un projet complet, un nouveau défi, pour pouvoir observer de plus près les rouages de la création, de la production, de la communication.
 
Comment est née la collaboration la Redoute et la HEAD ?  
Léa Peckre, la directrice de l'école avait réalisé une capsule l'année dernière avec La redoute, et elle a réussi à faire germer cette idée de création d'une capsule avec un diplomé master. 
 
Comment se sont déroulées les sélections ?  
La sélection s'est déroulé lors du jury de présentation du diplôme, présidé par Lutz Huele, et des invités internes Arno Mathies (responsable de la filière Espace et Communication), Valentine Ebner (Enseignante Bachelor), et externes dont Sylvette Lepers (Responsable des Partenariats Créateur & Image de La Redoute), Krzysztof Lukasik (Senior Designer Accessoires & Bijoux LOEWE), Laura Vernier (Jouve et Associés)et Robb Young (Business of Fashion). C’est une présentation scénographiée avec des modèles, puis un échange pendant lequel nous passons en revue le processus de création, concept, recherches et développement, puis stylisme et communication.
 
Pourquoi as-tu opté pour une collection prêt-à-porter Homme ?  
Je crois que cette envie s'est imposée assez naturellement, tout au long de mes premiers échanges avec mon tuteur de collection, Bertrand Maréchal. Il a su réveiller cette idée que j'avais un peu mis de côté tout au long de mon cursus à la HEAD : je n'avais jamais abordé le vêtement masculin, je crois que j'étais un peu coincée avec une vision de l'homme très classique, je ne voyais pas comment faire de l'Homme de façon intéressante sans tomber dans le cliché ou le too much. Il a su me faire trouver la juste mesure entre ma sensibilité de designer femme et ce besoin de m'essayer au vêtement masculin. On retrouve une certaine féminité dans les pièces, d'ailleurs le processus de création a d'abord commencé sur la femme lors des premiers fittings et premières intentions de formes et de coupes, puis c'est devenu mixte... et j'ai fini par choisir l'homme. C'était ma façon de prendre un risque pour cette dernière année de Master, et c'était très excitant. J’ai réalisé une collection de 10 tenues, soit 25 pièces et leurs accessoires. 
 
Quel est ton processus de création? 
La HEAD nous apprend à penser une collection depuis le moodboard en passant par le dessin, le développement patronage-moulage, recherches et fittings, puis stylisme, communication, set design. Nous n'avons pas de formation couture mais nous sommes finalement obligés d'apprendre à nous débrouiller et forcément, après quelques années, je dois dire que je suis rodée. Je suis entourée par des couturiers pour la confection des pièces les plus complexes à monter et qui demandent une technique parfaite comme les tailleurs, chemises... J'ai aussi travaillé en collaboration avec la maroquinière Pauline Famy, co-fondatrice de la marque suisse WoRN. Les gants sont le résultat d’une collaboration avec la ganterie parisienne Agnelle. Leur équipe a développé le gabarit d’un nouveau modèle, en suivant mes dessins techniques et pièces d'inspiration, pour pouvoir obtenir une gradation spécifique et produire ainsi une petite série pour la collection. Et bien sûr, j'ai travaillé avec des photographes professionnels pour les deux shootings, l'un avec Vicky Althaus, une alumni de l'ECAL, l’autre avec Hervé Hôte.
 
Quelles sont tes sources d'inspirations? Tes racines marseillaises ? 
Durant tout mon cursus à la HEAD, j’ai souvent cherché à exprimer mon attachement au Sud de la France, à mes racines : Marseille, où je suis née, ou aujourd’hui la Camargue, qui parlent à mon imaginaire. Pour cette collection intitulée « L’âge de raison », en écho à mon épanouissement personnel lors de cette dernière année de diplôme, j’ai puisé mon inspiration directement dans l’univers de la tauromachie. Je me suis surtout intéressée à la face cachée de la corrida, non pas à l’habit de lumière, mais aux vêtements de travail et d’entraînement des futurs toreros. J’ai concentré mon travail sur trois vêtements d’apprentissage, des vêtements modestes, fonctionnels, des matières brutes, très résistantes. Le tablier d’équitation en peau, les zahones en cuir des vachers et la cape d’entraînement de toréador en simple coton lourd.  
J’éprouve une véritable fascination pour ces vêtements très ajustés à l’entraînement et pour les vachers, les tailles marquées, les fesses soulignées, ces coupes aux longueurs décalées et qui soulignent une silhouette galbée, sensuelle mais virile, avec des carrures assumées.  
Le travail du cuir est un autre axe de réflexion de cette collection. Je me suis inspirée de la technique de montage à cru, des gants de palefreniers, j’ai découvert des systèmes d’assemblage et de finitions propres au monde du travail dans les arènes et de la terre.
 
Et pour finir quels sont tes prochains projets ? 
Je prépare mes dossiers pour les concours internationaux, comme le Festival de Hyères… J’attends avec impatience de fêter mes 2 collections pour candidater au OpenMyMed Prize que je suis depuis 2010. Et, je pars aussi fin novembre à Londres, pour participer à la demi-finale du H&M Design Award.

©Herve Hote